Une réunion de l’association du Clos Normand à Dakar.

J’arrive en retard à l’Assemblée Générale, le petit-déjeuner et la programmation de l’année sont déjà bien entamés. Une présentation de Normandie Attractivité me conduit plus tard à l’autre bout de la table où se trouve Angélique Letessier, ma future hôte, avec qui j’échange rapidement. Nous sommes samedi matin, mais son métier l’oblige à repartir sur le chantier du train qui relie Dakar, la capitale, à Diamniadio, la nouvelle ville sénégalaise.

 

Peux-tu nous expliquer ce qui t’a conduit de la Normandie au Sénégal ?

Je suis arrivée au mois de février au Sénégal pour travailler sur le ter Dakar – Diamniadio, le nouvel aéroport.

Comment se passe ta mission ?

C’est un chantier intéressant mais compliqué parce que culturellement, il faut s’habituer à une autre façon de travailler, à des problématiques que nous n’avons pas en France.

Peux-tu nous raconter ton parcours, ton enfance en Normandie puisque tu es Normande ?

J’ai grandi à Saint Paul à côté de Flers, dans le bocage. Je suis la seconde d’une famille de quatre enfants. J’ai grandi paisiblement dans une petite commune, dans une école communale où nous partagions nos classes à deux ou trois sections. On a bien profité autour des vaches, des fermes, du côté paisible de la Normandie ; d’être libre de pouvoir faire du vélo, de pouvoir marcher, courir, là où on en avait envie. Ensuite j’ai migré vers Caen pour passer un BAC STI Génie Civil puisque je voulais m’orienter vers le bâtiment. Après ce BAC, je suis « montée à Paris » comme on dit, pour passer mon BTS. J’ai travaillé un petit peu en région parisienne et je suis rapidement revenue en Normandie pour travailler sur le TER, justement à Caen (rires).

Qu’est ce qui t’a rappelé à la Normandie ? Une volonté personnelle ou professionnelle ?

Je revenais déjà beaucoup en Normandie, c’est-à-dire au moins tous les quinze jours et je faisais déjà beaucoup de route… je trouvais ridicule le chassé-croisé des Normands qui viennent travailler à Paris et des Parisiens qui venaient travailler en Normandie. Donc je me suis dit « je rentre et je cherche un boulot en Normandie ». C’était une décision personnelle.

As-tu eu l’occasion d’utiliser le tramway de Caen depuis (sa création) ?

Oui, je l’ai utilisé quelques fois par facilité pour aller en centre-ville. Je dépose ma voiture dans un point relais, je prends le tramway pour aller en centre-ville puisque c’est plus facile que de se garer. Mais il est actuellement en travaux, je compatis à la douleur des Caennais.

 

Habitant aujourd’hui au Sénégal, à quelle fréquence rentres-tu ?

Je rentre trois fois par an en Normandie, et comme c’est important de retrouver ses amis et sa famille, mes vacances actuellement sont surtout consacrées à la Normandie : voir mes amis, faire des festivals, partager des moments et revisiter des endroits que j’aime.

Qu’as-tu fait aux dernières grandes vacances par exemple ?

En juillet, je suis d’abord partie une semaine pour un festival folk à Moulins, ensuite je suis rentrée en Normandie, et je ne l’ai plus quittée ! Avec des amis, on randonne beaucoup. On a fait une randonnée sur Pandouilly, une randonnée sur Ouistreham… Ensuite je suis allée retrouver mes amis couchsurfeurs, on a fait le week-end de l’art de rue à … euh… c’était où ? A Omonville.

Omonville-la-Rogue ?

Omonville-la-Rogue. Il y avait un festival de l’art de la rue.

La Rue Bucolique ?

La Rue Bucolique, voilà.

J’y étais aussi !

C’était bien le samedi, c’était super.

Je suis également allée au festival de Tatihou, où je vais tous les ans. C’est mon petit pèlerinage. J’y ai vu deux spectacles : Emir (Kusturica) et The Legend of Bear, un groupe canadien, québécois je crois, qui était vraiment super. Il y a toujours une grande qualité de spectacles, donc tous les ans je fais mon pèlerinage là-bas.

Voit-on la Normandie d’un autre point de vue quand on y va pour passer ses vacances ?

Ça fait quand même plusieurs années que je redécouvre la Normandie avec des amis couchsurfers. On passe beaucoup de week-end à découvrir des petits coins en Normandie. On se fait des week-ends. Une fois, à Argentan, une fois à Saint-Vaast-la-Hougue, une fois le Sud Manche, Avranches ou autre. Du coup, j’ai déjà ce petit recul sur la Normandie.

Comment a commencé pour toi l’aventure couchsurfing ?

A ce moment-là, j’étais au Canada, à Vancouver et je voyais qu’il y avait une grosse communauté sur Caen qui faisait beaucoup d’événements. Quand je suis revenue de mon voyage d’un an, j’ai voulu les rencontrer aussitôt, parce que lorsque tu rentres d’un voyage, tu as besoin de rencontrer des gens qui te ressemblent et qui ont déjà voyagé. J’ai rencontré une communauté très intéressante, dont la plupart sont mes amis, à qui tu n’as pas besoin d’expliquer pourquoi ni comment ça se passe ailleurs, parce qu’eux aussi ont voyagé et qu’ils comprennent ce mal-être que tu as de temps en temps… à te demander si tu es chez toi ou si t’es mieux ailleurs. Et ça, c’est très important, ce sont des choses que tu ne peux pas partager avec des gens qui n’ont jamais voyagé.

Donc en Normandie il y a beaucoup de voyageurs ?

Il y a énormément de voyageurs en Normandie ! On reçoit aussi beaucoup en couchsurfing. Mes premiers couchsurfeurs, c’était un monsieur et sa fille, lui avait 70 ans, il était Américain. Sa fille était aussi Américaine mais elle vivait en Suède. Ils venaient retrouver des ancêtres autour de Thury Harcourt. Ils voulaient aller du côté de Saint-Benin sur la tombe de leurs ancêtres. C’était ma première expérience couchsurfing, c’était très riche et très intéressant.

Peux-tu nous raconter ton expérience couchsurfing la plus improbable ?

Un couple picard-italien, que j’ai rencontré à Caen lors d’un meeting, qui ensuite est revenu en Normandie pour visiter la Suisse Normande. Je trouvais dommage de passer six mois en Normandie sans visiter la Suisse Normande alors je les ai invités à revenir la visiter. Une grande amitié est née de cette rencontre. A ce moment-là, ma sœur avait une boulangerie-pâtisserie. Ils ont passé plusieurs jours à la boulangerie-pâtisserie avec nous. Et c’était vraiment un moment très riche en échanges. Italie, Picardie… On a visité les Roches d’Oëtre, on a fait un tour au parc des rochers de la Suisse Normande. Ça a été un grand grand moment ! On est toujours amis, ils se sont mariés récemment, j’étais invitée et c’est vraiment très chouette.

Comment ta famille perçoit le fait que tu voyages au bout du monde ?

Ils comprennent que je voyage mais ils sont un peu éloignés de ça. Ils acceptent. Ils ont accepté le jour où je suis partie pour mon premier voyage seule, en Nouvelle-Zélande pendant un mois, alors que je ne parlais pas anglais. Mes parents sont modestes, ils ne comprenaient pas que la Nouvelle-Zélande était un pays comme la France, sauf que c’est à l’autre bout de la planète ! Ils étaient très inquiets. Je leur ai dit ce jour-là, comme je ne suis pas toujours gentille avec mes parents : « Aujourd’hui je pars pour un mois, la prochaine fois je partirai pour un an, et peut-être un jour je partirai pour toujours ». Et puis finalement, ça s’est révélé à peu près vrai. Après la Nouvelle-Zélande, je suis partie un an à Vancouver pour apprendre à parler anglais, avant de travailler à l’étranger. L’année dernière, j’ai travaillé pour une ONG au Tchad. Et cette année, je suis au Sénégal, je pense y travailler deux ans, avant de rentrer.

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

Je vais terminer le train, le TER, comme ils disent ici « Inch Allah » et ensuite je rentrerai en Normandie rénover ma maison et retrouver un travail. J’y ai ma famille, mes amis, qui sont toujours là et qui m’y attendent. J’aime voyager, j’aime essayer de nouvelles aventures, mais c’est plus facile de vivre dans son pays quand même.

Un petit mot de fin à dire aux gens qui te regardent en Normandie ?

Je vous souhaite à tous d’essayer de voyager, de découvrir ailleurs, peut-être même d’y vivre. Ce sont des expériences très riches, qui nous apportent énormément d’humanité. Les autres nous apportent toujours plus, et c’est beau à la télé, c’est beau d’être raconté, mais le vivre c’est vraiment mieux.

 

Merci !

 

Aude