Première rencontre

Gaëtan est venu me chercher au domicile de mon hôte précédente, Léa, dans un petit chemin qui donne sur la mer. Il arrive en quatre-quatre. Le quatre-quatre en Afrique ne sert pas à frimer. Il sert à rouler, sur ce qu’il est souvent difficile d’appeler une route…

 

C’est un homme qui paraît ordonné, et il vaut mieux. Il est le dirigeant d’une palmeraie de 3000 hectares dans la banlieue de Tamatave, à Melville. C’est le fruit de trois générations « Etancelin » qui, de Madagascar en passant par la Normandie, ont érigé la première palmeraie 100% bio du continent africain : La Savonnerie Tropicale.

La mère de Gaëtan est malgache. Son père vient de l’Eure. Ils se rencontrent dans une école réputée dans le milieu de l’agronomie, l’ISTOM, anciennement basée au Havre. C’est à Tamatave qu’ils décident de s’établir, ce qui est un bienheureux choix, puisque la région d’Atsinanana a une convention avec celle de Normandie.

En parcourant la palmeraie de bon matin, je constate que Gaëtan la connaît par cœur. Il y passe la plupart de son temps et n’a pas de mal à me montrer des arbres et des plantes qui me sont pour la plupart inconnus : l’ananas, la vanille, le poivre, la cannelle et les fameux palmiers, petits et grands. Ce mélange repose sur le principe de l’agro-biodiversité et donne un immense jardin aux couleurs chatoyantes.

 

Un Normand investi

Outre celle de chef d’entreprise, Gaëtan possède bien d’autres casquettes. Il est notamment le président du conseil d’administration du centre de formation de technicien et animateur ruraux de Tamatave, fondateur de la pépinière d’entreprises de Tamatave et vice-président du syndicat malgache de l’agriculture biologique. Les certifications biologiques n’ont plus de secret pour lui, sa palmeraie en possède quatre.

Lorsque je me rends à son domicile, où il réside avec sa femme et ses deux enfants, je découvre un miroir posé sur le bureau de ma chambre. Il y est inscrit « TRF 211, Louviers ». Intriguée, je ne doute pas de sa provenance, mais aimerais avoir des explications sur le motif de son arrivée ici… C’est en tant que membre de la Table Ronde Française (club réunissant des d’hommes de 18 à 40 ans venus d’horizons professionnels et de cultures différents n.d.l.r ) qu’il s’est rendu à Louviers pour participer au colloque international « entreprendre avec l’Afrique » en 2011, où il a reçu ce miroir en cadeau. Il est prévu qu’il s’y rende de nouveau. Je suis impressionnée par son investissement au service du développement de sa ville, de sa région et de son pays.

Le soir, au cours d’un dîner avec un couple d’amis à lui, il me confie ses inquiétudes concernant le futur de Madagascar. Les élections présidentielles arrivent bientôt, et parmi les trente-six candidats se trouvent un DJ, un prêtre, et même des anciens présidents ! Nous répondons par la dérision, et espérons des jours prochains plus stables. En attendant, nous terminons la soirée dans un billard de Tamatave à l’ambiance enfumée. L’équipe normande ne se défend pas de son mieux, mais les points comptés ne sont pas ceux du tapis, mais des moments partagés.

 

 

*http://www.tablerondefrancaise.com/

 

Aude